Jusqu’ici, c’est profond

Publié le par Projet Contacts

Passée une nuit froide et sans sommeil (décalage horaire oblige) dans la cosmopolite Montréal, cap au Nord, vers la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le bus nous emmène au cœur des Laurentides, magnifique réserve quasiment vierge de civilisation. Et après 6 heures de car, arrivée à Chicoutimi.

Le sentiment prédominant de mes premiers jours est la solitude. Je suis étranger. Étranger au chassé-croisé des étudiants (que je n’ai guère l’occasion de côtoyer) des sessions d’hiver et d’été, étranger sur mon lieu de stage où je ne comprends rien à la notion d’éthique autorégulatoire, étranger dans mes passions d’extraterrestre pour le football (dites soccer) ou pour l’Italie (pas un rital parmi les 32 nationalités représentées ici), étranger dans un pays froid au vent glacial. J’erre dans la ville et fait mienne la Philadelphia de Springsteen :
I walk the avenue ’till my legs feel like stone
I hear voices of friends so far away.
At night I warm up my heart with a smoke
Quickly put out by the rain
On the streets of Chicoutimi…

Et puis arrivent la chaleur (relative), des africains taquinant le ballon rond, une mini-délégation française à la tête de laquelle M.Leymarie himself, des anglophones de l’école de langue. Et des rencontres diverses et de passionnants échanges avec des québécois de tous âges. Car ici, les gens sont fiers de leurs racines françaises, ils crient sur tous les toits que leur aïeul a quitté La Rochelle (celle de Charente-Maritime) en 1630, ils se revendiquent même plus français que les français, nous reprochant d’abuser des anglicismes (ils n’en sont pourtant pas avares non plus). A ce propos, ils ne veulent d’ailleurs pas admettre que ce sont eux qui ont un accent. Argument des français : pourquoi lorsqu’ils chantent, les québécois se rapprochent-ils alors de l’"accent" français ?
Mais avant tout, s’il y a une chose que les Québecois reprochent à la France, c’est de les abandonner face à l’invasion économique, culturelle et linguistique de l’ogre ricain.

On ne peut pas leur donner tort, on ressent partout l’influence des Etats-Unis dans cette petite ville de 70000 habitants pourtant loin des Montréal, Ottawa et autres Toronto. On le ressent dans les grands axes routiers, extra-larges et qui répondent à une perpendicularisme géométrique, dans les commerces où les produits US sont omniprésents, à la télé où pas moins de dix longues coupures publicitaires viennent entraver la diffusion d’un film, dans la salle de sport de l’université où se trouvent des écrans géants auxquels ne prêtent même pas attention les gros balèzes qui rivalisent de virilité sur les appareils de musculation… (cf l’article d’Olivier pour les autres particularités, elles sont identiques au Canada)

2-3 petites choses sur moi. Avec Hugo, après avoir passé trois semaines au laboratoire d’éthique de l’Université, nous faisons actuellement notre stage dans un organisme aidant de jeunes entreprises à démarrer : le Fonds d’Entraide Communautaire. Les horaires sont assez libres, ce qui me laisse du temps pour soirées avec canadiens anglophones où la bière ne manque jamais à l’appel !

Galak

A l’instar des termes Canada (Kanata : le village) ou Québec (là où le fleuve se rétrécit), Chicoutimi tient son nom d’une langue amérindienne, en l’occurrence le montagnais. Cela signifie "jusqu’ici c’est profond", référence à la rivière Saguenay, qui ne peut être remontée en amont de Chicoutimi.
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Publié dans Etranger

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